Analyse approfondie
Le temps passé devant un écran au travail en dit moins que vous ne le pensez.
Le temps passé devant les écrans au travail crée une confusion entre travail effectif et évasion : un chiffre bas sur l’indicateur ne dit presque rien du caractère fragmenté de votre journée. Il est donc préférable de se référer à l’indicateur approprié.
Zenith Editorial
13 août 2026 · 4 min de lecture
Le temps passé devant un écran au travail, mesuré en minutes, ne renseigne quasiment pas sur la fragmentation ou la fatigue réelle de votre journée. Aucune étude ne démontre qu'un temps d'écran réduit soit en soi synonyme de meilleure productivité : cette mesure confond le temps réellement nécessaire à l'utilisation du téléphone (courriel, message du calendrier, réponse rapide sur Slack) avec le temps passé à l'utiliser lorsque votre concentration faiblissait. Ce qui est bien plus révélateur de la fragmentation de votre journée, c'est le nombre de fois où vous avez pris votre téléphone, et non la durée d'affichage de l'écran.
Le temps passé devant les écrans brouille les frontières entre travail et évasion.
Un compteur qui ne comptabilise que les minutes ne permet pas de distinguer les différentes durées d'utilisation de l'écran. Quinze minutes en visioconférence, quinze minutes sur un tableur sur votre téléphone et quinze minutes à jongler entre deux tâches exigeantes : le total est exactement le même, soit quarante-cinq minutes. Pour le contenu d'aujourd'hui, cela n'a aucune importance.
Cela fait du total un mauvais objectif à atteindre. Un chiffre élevé pourrait indiquer une journée de travail productive et concentrée malgré un emploi exigeant une utilisation intensive du téléphone. Un chiffre faible pourrait masquer dix brèves interruptions, si courtes qu'elles seraient à peine visibles sur le compteur, mais qui interrompraient tout de même le travail à dix reprises. Décider de « réduire son temps d'écran » sans faire la distinction entre ces deux situations revient à viser le mauvais chiffre.
Les choix en disent plus que les minutes.
Comptez plutôt le nombre de fois où votre téléphone a été décroché pendant votre journée de travail. Dix décrochages de trente secondes chacun représentent cinq minutes au compteur, soit dix interruptions distinctes de votre activité. Un appel de trente minutes, en revanche, dure six fois plus longtemps sans vous interrompre dans vos autres tâches.
Un compteur de temps passé devant un écran, qui se contente de totaliser le temps, affiche une différence de quelques minutes entre ces deux jours, sans préciser lequel a réellement réparti la charge de travail. Le nombre de sélections, en revanche, est révélateur. Il indique combien de fois l'attention a dû être détournée, ce qui reflète plus fidèlement la perception d'une journée de travail, rétrospectivement.
Chaque course coûte plus cher que le temps indiqué au compteur.
Il ne s'agit pas simplement d'un exemple mathématique. La chercheuse Gloria Mark étudie depuis longtemps ce qui se passe lorsque les travailleurs du savoir sont interrompus en pleine tâche. Son constat récurrent est que le retour à une concentration totale prend un temps considérable – non pas les secondes pendant lesquelles l'interruption a été perceptible, mais bien plus. Un coup d'œil de trente secondes est enregistré comme trente secondes par l'application Temps d'écran. Le coût de la concentration réelle est tout autre et n'apparaît jamais dans le compteur.
C’est pourquoi dix courtes périodes d’utilisation d’un écran peuvent nuire davantage à une journée de travail qu’une longue session continue. Le compteur mesure le temps, mais pas le nombre de fois où l’attention a dû être interrompue.
Les résidus qui restent après avoir posé son téléphone
Il existe un mécanisme qui explique pourquoi un simple coup d'œil coûte si cher : la chercheuse Sophie Leroy a inventé le terme de « résidu attentionnel » . Lorsque vous passez d'une tâche à une autre, une partie de votre attention reste un certain temps sur la première. Vous êtes de retour à votre tableur, mais une partie de votre cerveau reste focalisée sur le message que vous venez de lire.
Cela reste vrai même lorsque la consultation est liée au travail. Une réponse rapide sur Slack au beau milieu d'un rapport laisse le même type de traces qu'une consultation des réseaux sociaux : la différence réside dans l'intention, et non dans ce qui se passe dans votre esprit ensuite. Nous explorons ce mécanisme plus en détail dans notre article sur les écrans et la concentration , où le même principe explique pourquoi l'attention fragmentée est perçue comme un inconvénient sans l'être réellement.
Comptez les changements, pas les minutes.
Si vous souhaitez réellement obtenir des informations sur votre journée de travail, modifiez la valeur de la mesure :
- Comptez le nombre de déverrouillages, pas les minutes. La plupart des téléphones affichent le nombre de déverrouillages à côté du temps d'écran ; ce chiffre reflète plus fidèlement la fragmentation de votre journée.
- Indiquez si chaque vérification est effectuée pour des raisons professionnelles ou pour vous déconnecter. Une vérification effectuée parce qu'elle était requise par la tâche est différente d'une vérification effectuée par manque de concentration. Le compteur de temps d'écran les considère comme identiques, mais vous n'avez pas à le faire.
- Privilégiez la répartition plutôt que la durée totale. De nombreuses pauses courtes et dispersées tout au long de la journée sont plus néfastes pour la concentration que le même temps total concentré en quelques pauses seulement.
Aucun de ces indicateurs ne vous oblige à rechercher un total plus bas. Ils vous invitent simplement à cesser de vous y fier comme à une réponse. Si vous souhaitez organiser votre journée de travail autour de moins d'interruptions et de décisions préparées pour faire face aux envies soudaines, le guide complet pour se concentrer au travail vous explique étape par étape ce qui fonctionne réellement.
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Cet article, rédigé par Zenith, décrit la méthodologie du protocole Zenith. Son contenu ne constitue pas un avis médical. Les résultats individuels peuvent varier.
