Analyse approfondie
Ce que les interruptions au travail vous coûtent réellement
Les interruptions au travail coûtent plus cher en temps que l'interruption elle-même : c'est le retour sur investissement qui est onéreux. Comment fonctionne l'effet de l'attention résiduelle et comment y remédier.
Zenith Editorial
13 août 2026 · 4 min de lecture
Une interruption au travail coûte plus de temps que l'interruption elle-même. Ce qui vole du temps, ce ne sont pas les trente secondes passées à répondre à la question ou à lire le message, mais bien la reprise du travail ensuite. Votre cerveau ne quitte pas aussi facilement la tâche interrompue que vous ne quittez la pièce, et une partie de votre attention reste focalisée sur l'ancienne tâche pendant que vous essayez de vous lancer dans la nouvelle. La psychologue Sophie Leroy a donné un nom à ce phénomène : le résidu attentionnel – un écho cognitif qui diminue vos performances lorsque vous reprenez vos activités, longtemps après la fin de l'interruption.
Le collègue à la porte est rarement le véritable problème.
Il est facile de blâmer l'interruption : un courriel qui apparaît, un collègue qui pose une question rapide, un téléphone qui sonne. Mais ce qui vous coûte vraiment du temps ne se produit pas pendant l'interruption elle-même, mais après, dans les minutes qui suivent, lorsque vous reprenez votre tâche sans vraiment y être pleinement concentré. L'attention ne fonctionne pas comme un interrupteur. Elle se relâche, et une partie reste liée à ce que vous venez d'interrompre.
C'est pourquoi deux interruptions de durée identique peuvent avoir un coût très différent. Une interruption au beau milieu d'une tâche simple, presque terminée, ne laisse quasiment aucune trace. En revanche, une interruption au beau milieu d'une tâche complexe et inachevée peut nuire à votre concentration longtemps après votre retour. Si vous rédigez un long argumentaire dans un document et qu'une question vous interrompt dans le couloir, ce n'est pas la question en elle-même qui vous pénalise, mais les minutes qui suivent, pendant lesquelles une partie de votre idée peine encore à se formuler, tandis que vous relisez deux fois le même paragraphe.
Un écho cognitif qui persiste
Les recherches de Leroy montrent que les séquelles de ces interruptions ne se limitent pas à une simple sensation de distraction : elles se traduisent par une baisse réelle des performances. Les personnes interrompues en plein travail sont moins performantes sur la tâche suivante que celles qui peuvent la terminer sans être dérangées, même à temps et conditions identiques. Ceci explique pourquoi une journée de travail ponctuée de courtes interruptions peut paraître plus épuisante qu'une journée avec moins d'interruptions mais plus longues, alors même que la durée totale des interruptions est la même.
Les tâches inachevées laissent une empreinte plus lourde.
L'une des conclusions les plus concrètes de Leroy est que le degré de résidu est lié au degré d'inachèvement de la tâche au moment de l'interruption. Plus le travail est inachevé, plus il est difficile pour le cerveau de s'en détacher et plus il se concentre sur la tâche suivante. Cela fait du téléphone une source d'interruption particulièrement coûteuse : les notifications apparaissent rarement une fois une tâche terminée, mais plutôt au beau milieu de la rédaction d'un courriel ou au cœur d'une réflexion encore en cours. Ce même mécanisme sous-tend une grande partie de ce qui est décrit dans l'article sur le temps passé devant les écrans au travail : ce n'est pas tant le temps passé sur le téléphone en lui-même qui est le plus coûteux, mais plutôt le moment où il s'immisce dans le flux de travail.
Combien de temps reste-t-il allumé ?
Gloria Mark étudie depuis plusieurs années le temps de récupération après une interruption de travail. La durée exacte nécessaire pour que la concentration retrouve son niveau initial varie d'une étude à l'autre, selon la manière dont l'interruption est mesurée, le type de tâche interrompue et la définition de la « récupération ». Les chiffres qui circulent dans différents contextes doivent donc être considérés comme des estimations issues de méthodologies d'étude spécifiques, et non comme une valeur universelle applicable à toutes les interruptions. Ce qui est certain, c'est la tendance, et non le nombre exact de minutes : une interruption au beau milieu d'une tâche complexe coûte bien plus que les secondes qu'elle dure à l'œil nu.
Ce que vous pouvez réellement faire à ce sujet
Il est impossible d'éliminer toutes les interruptions : collègues, réunions et urgences font partie intégrante du travail. En revanche, vous pouvez agir sur leur fréquence. Chaque fois que vous consultez votre téléphone entre deux pensées, vous laissez une trace, comme si vous aviez été interrompu·e par une activité extérieure, même si cette interruption est totalement volontaire. Cela reste vrai même si la consultation ne prend que quelques secondes : ce n'est pas le temps passé à tenir son téléphone en main qui est coûteux, mais le fait d'interrompre une tâche avant de l'avoir terminée et d'en laisser une trace.
Prendre l'habitude de laisser une pensée ou une tâche se terminer avant d'en changer est donc le changement le plus déterminant sur une journée de travail, bien plus que de s'éloigner de ses collègues ou de désactiver toutes les notifications. Il ne s'agit pas de ne jamais être interrompu, mais d'arrêter de s'interrompre soi-même inutilement. Nous abordons les principes de base pour y parvenir concrètement dans le guide « Se concentrer au travail » .
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Cet article, rédigé par Zenith, décrit la méthodologie du protocole Zenith. Son contenu ne constitue pas un avis médical. Les résultats individuels peuvent varier.
